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qui j’ai peur lui volerons tous ce qui lui reste, mon père est littéralement dans la rue, ma femme

attend un bébé et j’ai beaucoup de crainte car le bébé est énorme et puis je suis presque sans argent

[sic]. (Bruxelles, 17 octobre 1928).

« Je me trouve dans l’impossibilité de payer actuellement même ces 1000 frcs d’avance comme je

voulais le faire à Lamy. Je cherche du travail à Bruxelles c’est bien difficile de gagner de l’argent

.

[…]

Mon cher et bon ami, ne croyez seulement à aucun moment que je vous écris en espérant que

vous pourriez m’envoyer de l’argent, bien au contraire je n’aurais jamais accepté de l’argent de vous

sachant bien au contraire ce vous est difficile de vous le procurer et surtout sachant que vous n’en

avez pas, comme moi.

([Bruxelles], 10 octobre 1928).

La mort de sa fille :

« Je ne sais pas comment vous le dire. On nous a tué notre petite fille, on l’a assassiné, volé et nous

ne pouvons rien réparer maintenant. Elle est née le 3 nov. Elle était tellement saine et bienportante

qu’elle faisait la joie de nous tous ; d’ailleurs Sauguet l’a vu et il pourra vous confirmer qu’elle était

vraiment une adorable petite enfant.

[…]

Mais au troisième jour tout son petit corps n’était qu’une

plaie

[…]

et ceci provenait des mauvais soins et d’un infection que les bonne sœurs lui ont donné.

La lâcheté de ces gens à la clinique et leurs manque de scrupule est immonde

[…]

. Un matin il-y-a

8 jours le cœur fléchit et elle mourut après une courte agonie de 4-5 heures. C’est atroce de perdre

un enfant. »

([Bruxelles], 6 décembre 1928). Il termine son courrier en évoquant le concert de

charité donné par Collaer, durant lequel seront joué les œuvres de Nabokov, de Sauguet et de

Méchin et dont les fonds lui seront reversés. ([Bruxelles], 8 décembre 1928).

La mort de Diaghliev :

« 

J’ai lu –Mort du danseur Diaghlieff-. J’était sincèrement saisi d’un tremblement de cœur. Pour

nous tous c’est une perte irréparable, c’est la fin d’un grand bon’ homme qui risquait un jeu avec nous

tous que personne d’autre n’aurait risquer et ne risquera probablement pas. Pour nous Russes c’est

encore plus : - c’est l’ homme qui a internationalisé notre Art et qui a découvert le visage de la Russie

à tous les pays. Un vide se formera à Paris et nous autres jeunes musiciens soufrirons

[sic]

les premiers.

A cause de lui l’Art musical a gagné une abondante littérature de Ballets, a cause de lui nous avons

pu sortir de nos trous. Je ne lui oublierai jamais que pour monter « Ode » il a vendu les rideaux de

Picasso

[…]

nous lui devons tous beaucoup jusqu’a notre vie artistique.

 » (Kolbheim, 22 août 1929).

Le découragement :

Schubert « 

crevait de faim et ne se plaignait pas

 », Bizet « 

est mort dans la misère

 » et Satie « 

était

pauvre, pauvre

 ». […]

Je ne sens plus ni le désir ni le talent d’écrire de la musique, ce que je fais est

mauvais

. » (Kolbheim, 11 mai 1929).

Jean Cocteau : « 

sombre et beau

[…]

laissant ici un peu de cet air d’équivoque qui l’entoure

. […]

Cet être étrange avec toute sa vie faussée et superficielle a un charme pour moi dont je ne saurais

me défaire

 ».

On joint :

-

4 amusantes lettres autographes signées de Nathalie Nabokov

, adressées à Roger

Désormière ou à Colette Steinlen. Paris, New York, 1929-1939.

A propos de ses recherches de travail : « 

Je suis juste allée voir Poiret où je suis acceptée mais n’a

pas le courage de travailler dans cette maison car les robes sont ignobles

. » (Paris, 5 octobre 1929).

A propos du chef d’orchestre Serge Koussivitzky : « 

le seul qui n’a pas montré d’interêt pour voir

la musique de Nicolas. Le mois dernier il est venu avec son orchestre à N. York et a dirigé comme un

pied. Je ne comprend vraiment pas comment l’orchestre arrive à jouer si bien avec un tel con, avec

une baguette et beaucoup de geste laids et inutiles

 » (S.l.n.d.).

«

Vous n’avez pas donné signe de vie pendant tout ce temps… Vous êtes probablement ou très riche,

ou très snob, ou très communiste et vous ignorez les « Américains

 » (New-York, 25 février 1934).

-

2 documents de travail avec portées de notes manuscrites

, questions adressées

à Désormière et annotations, dont un signé.

6 000 / 8 000