Édition originale.
Il a fallu près de dix mois pour imprimer ces deux volumes, dont les feuilles, tirées au fur et à mesure, fourmillaient de fautes d’impression et furent corrigées au moyen d'une vingtaine de cartons et de longs errata. L'exemplaire contient bien les deux principaux cartons signalés par Cordier, aux pp. 212 bis-ter du premier tome et aux pp. 21-24 du second, ainsi que les 3 ff. d’errata (reliés à la fin des volumes).
Le premier tome a pour épigraphe six vers du Manfredi de Monti, et le second, la célèbre dédicace stendhalienne To the happy few. Le feuillet de dédicace a été retiré avant la publication, comme dans presque tous les exemplaires.
Un des rarissimes exemplaires avec le nom de l’auteur imprimé en toutes lettres sur la page de titre : Par M. Beyle, ex-auditeur au Conseil d’État, au lieu de l’abréviation : Par M.B.A.A. que l’on trouve dans la quasi-totalité du tirage. On ne connaît qu’une poignée d’exemplaires au nom de Beyle, qui forment les seuls volumes de son œuvre parus de son vivant à avoir porté le nom véritable de leur auteur.
L’Histoire de la peinture en Italie n’est pas le premier ouvrage publié par Stendhal, mais bien le premier qu’il a entrepris, commençant à y travailler dès 1811. Il y consacra six années de travail avec interruptions – il perdit en son premier manuscrit durant la campagne de Russie. Consacrée exclusivement à l'école de Florence, alors que le plan initial était bien plus vaste, cette histoire de la peinture italienne s'articule autour d'une alternance de récits et d'essais théoriques, enchaînés sur le ton de la conversation, avec digressions, rapprochements, jugements péremptoires, en s'appuyant sur un nombre d'exemples restreint mais très fouillés. Publié à ses frais, l'ouvrage ne rencontra aucun succès et entrava même la carrière diplomatique de son auteur.
Envoi autographe de Stendhal : À Monsieur le Comte Kosakowsky, Secrétaire de la Légation Russe, à Rome. Cette dédicace est répétée sur les faux-titres des deux volumes.
Le comte Kosakowki était un ami de la belle Cornelia Martinetti, née comtesse Rossi, dont il fréquenta le salon romain. Dans ses minutieuses Impressions romaines, E.-J. Delécluze mentionne la participation de Cosacowski (sic) à plusieurs événements mondains entre fin janvier et fin février 1824, à une période où Stendhal était à Rome. Prosper Duvergier de Hauranne, ami intime et disciple de Stendhal, le cite également dans une lettre qu'il adresse à celui-ci le 14 juin 1824 : « nous sommes arrivés dans la Ville éternelle sans le moindre petit accident à raconter à nos amis et connaissances, et sauf les Anglais qui s'en sont enfuis en masse, je n'y ai rien trouvé de changé. [...] Après plusieurs fluctuations, la Martinetti et Kosakowski qu'on avait cru au moment de se séparer se sont accrochés de nouveau l'un à l'autre et ils forment le soir avec la Gabrielli et Mgr Marini une partie carrée, qui au nombre de ses péchés ne compte pas au moins la dissimulation. Tout le monde au reste dans cette maison nous a beaucoup demandé de vos nouvelles, et l'ouvrage Sur l'amour y est attendu avec impatience par l'auteur d'Amélie [Cornelia Martinetti]. » (Stendhal, Correspondance, p. 785).
Exceptionnel exemplaire offert par Stendhal au comte Kosakowsky en charmantes reliures de l’époque.
De la bibliothèque Julien Bogousslavsky, avec ex-libris. Dos légèrement passés ; coiffes supérieure habilement restaurées.
Ref : Cordier, n°18 – Vicaire, I, 451 – Carteret, II, 344 – Clouzot, 256.