Lot n° 215
Sélection Bibliorare

[Théodore Agrippa d’AUBIGNÉ]. — Les Tragiques donnez au public par le larcin de Promethee. — Au dezert, par L.B.D.D. (Genève ou Maillé ?, Aubert ou Jean Moussat ?), 1616. — In-4, veau glacé marron, filet doré en encadrement, dos à 4...

Estimation : 5000 - 7000
Adjudication : 2 803 €
Description
nerfs orné avec mention au dezert en pied, tranches rouges ( Reliure du XIXè siècle ).
Brunet, I-544 // Cioranescu, 2712 // Clouzot, 43 et s. // De Backer, 587 // Le Petit, 112 // Tchemerzine-Scheler, I-160 // Viollet-Le-Duc, 423.

(14f. sur 15, dont ê4 blanc manquant ici)-291 (mal chiffrées 391)-(2f. sur 3, sans le dernier d’errata ou blanc) / ã4, ê4, A-Z4, Aa-Qq4 / 128 × 198 mm.

Édition originale rare de ce tableau des malheurs de la France pendant les guerres de religion.
Théodore Agrippa d’Aubigné, né en 1552 près de Pons en Saintonge, fut un historien, littérateur et capitaine militaire calviniste. En dépit des pressions et de quatre condamnations à la peine capitale, il refusa toujours d’abjurer sa religion et combattit sous les drapeaux du prince de Condé avant de s’attacher à la cause du roi de Navarre, refusant de déposer les armes avant son avènement au trône. Plusieurs fois tombé en disgrâce en raison de sa rude franchise, il s’attira toujours le pardon de Henri IV pour sa droiture et sa probité. Il rédigea une Histoire universelle, condamnée aux flammes pour la hardiesse dans les idées et une indépendance d’opinions (Larousse) et se réfugia en 1620 à Genève, où il s’éteignit en 1630.
Les Tragiques, satires en vers incultes, mais d’une énergie passionnée (Larousse), sont composées de sept livres contenant environ 7.000 vers et dont le premier, intitulé Misères , est un triste tableau de l’état de la France en 1577 ( Je veux peindre la France une mère affligée / qui est entre ses bras de deux enfants chargée …), tandis que le second dépeint les mœurs de la cour des derniers Valois. Les suivants renferment une description des malheurs soufferts par les calvinistes et des désordres du temps. Malgré la virulence du propos et la hardiesse du vocabulaire, Les Tragiques sont salués par Viollet-Le-Duc : Je ne sais si je me trompe, mais d’Aubigné me semble être l’un de nos poètes les plus originaux ; il n’emprunte rien ni aux anciens (…), ni aux modernes ; tout est de lui, pensées, images, style . Ce livre connut le même sort que l’ Histoire universelle et fut condamné à cause des passages relatifs aux querelles religieuses.

Écrites dès 1577 par un Théodore Agrippa d’Aubigné âgé de 25 ans, ces
vigoureuses satires circulèrent très probablement dans un premier temps sous forme manuscrite. Ce n’est qu’après la mort de Henri IV qu’elles furent publiées, d’abord sans nom d’auteur ni d’éditeur, Au dezert , en 1616, sous l’acronyme L.B.D.D. qu’il faut lire, d’après Read, éditeur des Tragiques en 1872, Le Bouc Du Désert , surnom qui aurait été le préféré d’Aubigné. L’impression de cet ouvrage est attribuée par Tchemerzine à Aubert, imprimeur à Genève, et par H. Clouzot, A. Cioranescu et C. Read à Jean Moussat, imprimeur à Maillé. Le Petit pense que les caractères sont probablement ceux d’Aubigné lui-même qui avait installé une imprimerie à Maillé ou dans les environs sous la direction de Moussat.
L’anonymat de cette édition originale ne trompant personne, Les Tragiques furent dès la seconde édition (1620) rendues à leur auteur.

Exemplaire sans le feuillet d’errata final. Tchemerzine mentionne par erreur que le dernier feuillet doit être blanc et Scheler complète que quelques exemplaires contiennent un errata d’un feuillet. Il semble bien que le dernier feuillet, dit blanc par Tchemerzine, soit celui d’errata qui manque souvent.

Bel exemplaire malgré de menus frottements aux coins, une petite tache au titre et un manque angulaire à un feuillet (O1). Une petite correction à l’encre (f. ê1r).

Provenance :
Jean Chedeau (3-13 avril 1865, n° 548) et Am. Berton (ex-libris, absent de la vente des 6-10 décembre 1892).
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