Lot n° 197

[JEAN d’ARRAS] Melusine nouvellement Imprimee…

Estimation : 5 000 - 7 000
Adjudication : 19 752 €
Description
Paris, Michel Le Noir, en la grant rue sainct Jacques à lêseigne de la Roze blãche courõnee, 14 août 1517.
In-8, maroquin Lavallière, plats ornés d’un grand décor Renaissance à entrelacs formé d’un double encadrement de filets dorés droits et courbes s’entrecroisant et réservant un médaillon central évidé, avec de petites feuilles et fleurettes à fond azuré, dos à 5 nerfs orné de fleurettes azurées, dentelle intérieure, tranches dorées ( Capé ).

Bechtel, 392/J-92 // Brunet, Supplément I-696 // Renouard, ICP, II-1643
// USTC, 72734.

(100f.) / A4, B8, C-D4, E8, F-G4, H-P8-4, Q-R4, S8 / 40 longues lignes, car. goth. / 130 × 183 mm.

Très rare édition de ce roman merveilleux, fondateur de la légende des Lusignan.
Peu de choses subsistent de Jean d’Arras, dont on sait qu’il naquit dans la seconde moitié du XIVe siècle dans le nord de la France, probablement à Arras ou Cambrai. À la fin du siècle, il semble établi comme libraire et relieur à Paris. C’est vers 1392 que le duc Jean de Berry, comte de Poitou et d’Auvergne, lui commande un roman dynastique à même d’asseoir ses droits sur le berceau des Lusignan. Cette grande fresque généalogique portant sur trois générations (Mélusine et Raymondin, leurs parents et leurs enfants) est un conte en prose merveilleux autour de la transgression de l’interdit, avec l’amour surnaturel entre un mortel et une fée serpente, auquel met fin le non-respect d’un pacte initial. Cette amusante épopée en prose (…) nous délasse des Alexandre, des Arthur et des Amadis et, sans abandonner le récit des grandes prouesses, des coups d’épée merveilleux, nous fait pénétrer dans le royaume des fées (Larousse). La page de titre ne donne pas le nom de Jean d’Arras, mais ce nom est lisible au dernier feuillet de texte, juste avant le colophon : Et icy se taist Jehan darras de lhistoire de Lusignan.
Fille du roi Thiaus et de la fée Pressine, douée d’une grande beauté,
Mélusine rencontre près d’une fontaine le beau Raymondin, fils du roi des Bretons. De leur union d’abord heureuse, scellée à la condition que Raymondin ne cherchera jamais à voir sa femme le samedi, naissent notamment trois fils, Urian, Guion et Geoffroy, qui connaîtront d’extraordinaires aventures en Orient. Grâce à Mélusine, fortune et prospérité sourient d’abord au jeune couple qui fonde le château de Lusignan. Las, aiguillonné par la peur et le spectre de l’adultère que lui fait entrevoir son frère, Raymondin rompt sa promesse et aperçoit, un samedi, sa femme au bain sous sa forme serpentine. Cette dernière, trahie, s’enfuit par la fenêtre en poussant les cris les plus déchirants.
Le succès de cette épopée fut tel qu’elle fut souvent réimprimée. Elle parut pour la première fois à Genève en 1478 chez Adam Steinschaber et on compte au moins six éditions publiées avant 1500, la plupart à Lyon et à Paris. L’édition que nous présentons fut publiée à Paris par Michel Le Noir le 14 août 1517 (le 14 août d’après notre colophon, le 8 août d’après Bechtel) et est illustrée d’un grand bois sur le titre représentant Raymondin, regardant par le trou de la serrure, surprenant Mélusine au bain, et celle-ci s’envolant par la fenêtre. Ce bois est répété au recto du dernier feuillet, au verso duquel on trouve la grande marque de Michel Le Noir (Renouard, n° 621). L’illustration se complète de nombreuses lettrines xylographiques provenant de plusieurs alphabets.
Très rare édition. Brunet n’en avait pas connaissance et l’USTC ne recense dans les collections publiques que l’exemplaire conservé à la bibliothèque municipale de Senlis.
Superbe exemplaire relié par Capé dans le goût du XVIe siècle. Infimes frottements aux coiffes.

Provenance :
Baron Lucien Double (ex-libris, 22-23 février 1897, n° 130).
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