Lot n° 89

COURBET Gustave (1819-1877). — (42298) — L.A.S. « G.C », [Ornans 14 janvier 1852, à son ami Francis WEY] ; 4 pages in-4. Importante lettre artistique et politique.

Estimation : 1500 - 2000
Adjudication : 6 240 €
Description
« La génération à laquelle vous appartenez n'a ni foi ni croyances, tandis que moi j'ai travaillé toute ma vie pour avoir une raison d'être, unique autant que possible, et c'est à quoi tendent tous les acs de ma vie. Vous, vous suivez les fluctuations ; moi je reste dans mon principe, voilà la différence qui existe entre nous. Toutes les formes de gouvernements, tous les faits accomplis peuvent arriver ça ne m'intrigue en rien du tout. Le plus affreux bourgeois de France ne m'aurait pas dit que je devais changer la nature de mes inspirations. Cher ami j'ai cela sur le coeur ; vous êtes donc de ceux qui croient que je fais de la politique en peinture - je fais des casseurs de pierre, Murillo fait un casseur de poux, je suis un socialiste, et Murillo un honnête homme ; c'est incroyable »...
Courbet reproche à Wey de ne pas lui avoir envoyé sa réponse à Garcin parue au Messager...
Puis sur les suites du coup d'État du 2 décembre : « Cette révolution m'a fait perdre trois semaines. J'ai vomis plein mon chapeau de bile. J'en suis quitte quant au tempérament seulement, car, tous mes amis étant dedans je suis surveillé très activement dans mes paroles et mes actions. Grâce à ma contenance je ne suis pas encore pris, j'ai l'honneur d'avoir à mes trousses Mr le brigadier d'Ornans [...] lequel il y a déjà un an, avait éprouvé le besoin de me dénoncer à la préfecture de police. Cet homme poursuit son oeuvre sans rime ni raison »... Il ne sait s'il est prudent de retourner tout de suite à Paris : « je ne tiens pas à la Guyanne pour le moment, plus tard je ne dis pas. L'officier de ma Caserne de pompiers [Victor Frond] est en fuite, ou mort, m'a-t-on dit - le tableau est fort avanturé. Cependant j'aurais voulu finir le portrait de Md Quock [Cuoq (Metropolitan Museum)] pour l'exposition.
Si l'exposition était retardée d'un mois cela m'irait parfaitement, quoique les deux tableaux que j'ai à Ornans soient finis »... Il félicite
Wey sur ses succès au Théâtre Français (sa comédie Stella), auxquels il aurait applaudi « comme jamais je n'applaudirais Mr
Napoléon quoiquil fasse »... Il ajoute en post-scriptum : « On ouvre mes lettres, faites attention et on ne me les donne pas toujours ».
Correspondance (Flammarion, 1996), lettre 52-1.
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