43 Livres & Manuscrits • 26 février 2025 208 SAINTE-BEUVE Charles-Augustin (1804-1869). POÈME autographe, À Monsieur Victor Hugo, 8 décembre 1827 ; 2 pages et demie in-4. Important et long poème dédié par Sainte-Beuve à son ami Hugo, l’année même de leur première rencontre. Ce poème sera recueilli dans Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829). Il compte 60 vers ; il est composé tout au long de deux alexandrins auxquels succède un hexamètre. Le manuscrit, non signé, est daté en fin du 8 décembre 1827 ; il présente 4 corrections avec modifications de vers. « Entends-tu ce long bruit, doux comme une harmonie, Ce cri qu’à l’univers arrache le génie Trop longtemps combattu, Cri tout d’un coup sorti de la foule muette, Et qui porte à la gloire un nom de grand poète, Noble ami, entends-tu ? […] Si tu lis dans mon cœur ce que je n’y puis lire, Et si ton amitié devine pour ma lyre Ce qui n’en peut sortir C’est assez, c’est assez, jusqu’à l’heure où, mon âme Dépouillant son limon et rallumant sa flamme A la nuit des tombeaux, Je viendrai, le dernier et l’un des plus indignes Te rejoindre, au milieu des Aigles et des Cygnes, Ô toi, l’un des plus beaux ! » 800 - 1 000 € 210 SARTRE Jean-Paul (1905-1980). MANUSCRIT autographe [pour Mallarmé, vers 1948] ; 2 pages in-4 sur papier quadrillé (petite déchirure à un coin). Brouillon pour la première ébauche de son étude sur Mallarmé. Sartre, qui admirait beaucoup Stéphane MALLARMÉ, esquissa cette étude en 1947 ; il la reprit en 1952 et la laissa inachevée. C’est le texte de 1952 qui fut publié par la revue Obliques en 1979, puis par Gallimard en 1986. Ce manuscrit, esquisse de la version primitive, présente des ratures et corrections et des variantes importantes par rapport au texte définitif. On y lit l’évocation de Victor HUGO : « Le Père est là-bas, dans l’île, ses fils veulent découvrir dans sa retraite le symbole glorieux de la défaite poétique. De leur côté ils s’efforcent, par une sorte de communion mystique, de participer, du continent, à cette Absence considérable. Père et fils sont également fous : l’un croit qu’il est la Poésie exilée ; les autres jouent à incarner cette allégorie : l’Exil de la Poésie ». Et Sartre de citer des vers de VERLAINE, et de commenter : « Bien sûr : l’écrivain proscrit l’univers ; mais c’est l’univers qui a commencé. Des années la poésie se contiendra avec affectation dans des limites qu’on lui a prescrites et qu’elle ne pourrait franchir quand même elle le voudrait ; elle refusera d’abandonner sa place que personne ne l’invite à quitter. […] Quand la littérature réduit son train de vie, on devine qu’elle en recrute plus ses adeptes dans les mêmes milieux. […] Déchues, les lettres tombent aux mains de la canaille. […] Les poètes de 1860 furent pour la plupart de modestes fonctionnaires qui reprochaient secrètement à l’Univers de ne les avoir faits ni députés ni amants. La dignité revêche de l’employé subalterne et la dignité boudeuse du barde en chomage se confondirent »… 800 - 1 000 € 209 SAND George (1804-1876). L.A.S. « George Sand », 12 août 1864, [au Dr Oscar RÉVEIL] ; 2 pages et demie in-8. Appel à l’indulgence d’un examinateur. « J’ignore si mon nom vous est sympathique et vous me trouverez peut-être orgueilleuse de m’adresser à vous sans vous être particulièrement connue. Vous excuserez ma démarche en apprenant qu’elle m’est dictée par l’amitié. J’ôse recommander à votre indulgence comme examinateur, Antoine Ludre-Gabillaud, un jeune étudiant en médecine dont le père est un de mes meilleurs amis. Le jeune homme est laborieux et intelligent, mais vous savez comme il est facile de se troubler et comme un mot, un regard d’encouragement peut ranimer un esprit timide. Laissez vous donc toucher par ma prière, quels que soient vos sentimens pour moi, car cette prière rentre dans l’ordre des choses bonnes et justes qu’on peut demander à un esprit élevé, par conséquent généreux »… Lettres retrouvées, n° 202. 400 - 500 € 208 209
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