AGUTTES NEUILLY. LETTRES & MANUSCRITS – LIVRES

42 207 SAINT-PIERRE Bernardin de (1737-1814). MANUSCRIT autographe, Campagne et voyage à Malte en 1761 ; 7 pages et demie in-fol. (35 x 22,5 cm ; légères rousseurs). Précieux récit de voyage à Malte, premier récit de voyage de l’écrivain. Longtemps inédit, ce récit a été récemment publié. Le manuscrit, à l’encre brune, avec des dates dans la marge, présente des ratures et corrections. Bernardin de Saint-Pierre entre en 1757 à l’École nationale des ponts et chaussées, d’où il ressort ingénieur. Doté d’un esprit aventureux, il est envoyé à sa demande à l’île de Malte, que menacent les Turcs, afin de vérifier les fortifications. Mais la guerre n’ayant pas lieu, il rentre à Paris, humilié et désargenté. Le manuscrit commence en mai : « Ce fut vers le commencement de ce mois que je partis de Paris dans la diligence de Lyon. La beauté de la saison, l’espérance de parvenir, la curiosité dissipèrent mes anciennes inquiétudes. Je me livrois au plaisir de voir des objets nouveaux »… La route passe par Fontainebleau, Auxerre et Chalons. « Lyon est une ville magnifique […] Les femmes y sont bien faites et agréables mais rarement jolies. Les Lyonnois aiment la bonne chère et le faste ». Pour se rendre à Marseille, en compagnie de deux moines, il prend « des voituriers qui sont des calèches attelées de deux mulets » : Vienne, Orange, Avignon, Orgon, Aix. À Marseille, il embarque sur le Saint-Jean, qui fait route pour Toulon : « Le port de Toulon est magnifique par son étendue et sa sûreté », mais la ville est « petite, pauvre et triste »… « Nous partîmes de Toulon le premier juin. Nous étions environ cent passagers tant chevaliers qu’officiers. Je souffris beaucoup de la chaleur qui la nuit était insupportable sous les gaillards. Les matelots maltais sont de bons marins et d’excellents nageurs. Quelquefois nous nous amusions à jeter à la mer quelques pièces de monnoye que les matelots alloient rattraper à vingt et trente pieds de profondeur »… Le vaisseau passe près des côtes de la Sardaigne (en faisant fuit des pirates) puis de la Sicile. « Enfin le onzieme jour de notre départ nous aperçûmes de grand matin les côtes de Malte qui sont blanches et peu élevées. Nous débarquâmes sur les onze heures du matin. J’omettrai ici mes observations sur l’isle et ses habitans parce que je les ai recueillies en particulier. Je ne parlerai que de mes aventures personnelles ». Il se plaint du comportement des autres ingénieurs à son égard, de sa solitude et de son ennui sur l’île, et il songe bientôt à repartir, en embarquant sur la Sultane, qui appareille le 1er septembre. Récit de la navigation difficile, jusqu’aux îles Sainte-Marguerite : « Je n’ai gueres eprouvé dans ma vie de plaisir plus vive que celui que je ressentis en marchant sur la terre de France ». C’est ensuite le voyage de retour de Marseille à Paris, marqué par une altercation avec un muletier. À Paris, il est reçu par le marquis de Mirabeau, « l’ami des hommes ». Il y passe l’hiver, assez misérablement. Pour échapper à ses créanciers, il réussit à partir pour la Hollande afin de s’embarquer et passer au service du Portugal 2 000 - 2 500 €

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