167 31 Livres & Manuscrits • 26 février 2025 165 CELAN Paul (1920-1970). L.A.S. « Paul Celan ». [Paris] 24 octobre 1966, à l’historien Suisse Albert HAUSER; 1 page in-4 à son adresse 78, rue de Longchamp. Il revient d’une visite de huit jours en Allemagne, et n’a pu lui répondre plus tôt. Il aurait volontiers accepté son invitation ; mais le lendemain de sa lecture poétique à Zurich, il doit revenir à Paris où il a un poste d’enseignement, outre son travail d’écrivain (« neben der Schriftstellerei »). Peut-être l’an prochain sera-t-il capable de faire sa lecture… 600 - 700 € 166 CELINE Louis-Ferdinand (1894-1961). L.A.S. « Louis », [vers 1935], à Jacques DEVAL ; 2 pages et demie in-4. Magnifique lettre au sujet du projet d’adaptation cinématographique du Voyage au bout de la nuit. « Voici les titres que je vois bien PORT PROMIS moins bien PORT PERDU Reste le film. […] Tu sais que je n’ai pas beaucoup de raisons pour vivre hors des petites histoires que je fabrique. C’est ma dernière belotte… D’autre part j’ai si bien réduit ma vie que j’ai bien assez d’argent. Cette cinématographie me remplit d’effrois !... Pour rien au monde je ne voudrais de concessions boulevardières, de recherches plaisantes. Dans mon genre, toute recherche d’atténuation mène au désastre. Il faut malmener ou disparaitre – c’est la loi du casseur d’assiettes. Le fauve ne demande qu’à me bouffer. Je voudrais que cette histoire demeure dans le ton triste, doux et impitoyable, avec des bouffées de frénésies absolues comme la Bretagne, comme la mer, et surtout laconique. Sans dialogueries capricantes, obliques et finement moulées d’astuces – tout ce qui plait je le sais bien au détaillant. Si poésie, poésie vraie, si l’on peut, sinon rien. J’aime mieux ne rien toucher du tout et que le truc soit scrupuleux que de toucher un million pour collaborer avec Schlossberg. À n’importe quel prix je refuse de tricher à ma belote. Cela ne veut pas dire que je tiens à ce qu’on urine sur la dame. […] Mais je n’ai pas la vanité non plus de plier le marché à ma petite mégalomanie. […] Le scénario, si tu persistes, évidemment, toi seul peut et doit le faire., tu as dans ce sens un prodigieux talent, […] je voudrais bien qu’on s’entende, sans mauvaise foi, sans amour propre. […] Qu’on arrête la forme définitive d’un bon et total accord. La question pognon m’est tout à fait secondaire […] mais la manie de la perfection m’est plus précieuse que la vie même »… 1 000 - 1 500 € 167 CELINE Louis-Ferdinand (1894-1961). MANUSCRIT autographe pour D’un château l’autre ; 16 pages in-4 (27 x 21 cm). Première version d’un épisode du roman publié en 1957. Le roman est une chronique transposée de l’exode de Céline en Allemagne et de sa vie à Sigmaringen. L’épisode, complet, met en scène le metteur en scène Raoul Orphyze (Orphize dans l’édition), qui veut réaliser, avec l’accord de Pierre Laval et Fernand de Brinon, un film sur la vie des exilés français à Sigmaringen, et qui demande à Céline d’en écrire le scénario. La vedette féminine serait la femme d’Orphyze, Odette Mélise (Clarisse dans l’édition), au charme de laquelle Céline n’est pas insensible : « elle est pas vilaine cette petite… elle est habillée en vedette… vedette de l’époque… mi Marlene mi Arletty…. jupe très moulante…. travail du sourire… mi mutin mi un rien désespéré »… La séquence est numérotée 23 au stylo rouge. Le manuscrit est rédigé au stylo-bille bleu au recto de feuillets de papier filigrané Navarre ; il présente des ratures et corrections. Il est paginé 895 à 909, et correspond aux pages 206-211 de l’édition de la Pléiade, avec de nombreuses variantes. Il s’agit probablement d’une version intermédiaire, après un premier jet. On joint 7 pages autographes de premier jet pour Féerie pour une autre fois II, chiffrées 1475-1479 et 1489-1490. Elles se rattachent à un épisode du bombardement de l’immeuble, où on demande au Docteur de venir soigner Delphine, mais un guéridon tombé dans la crevasse du couloir bouche le passage. Ce fragment correspond, dans une version très différente, aus pages 370-373 de l’édition de la Pléiade. 1 500 - 2 000€ 168 CHATEAUBRIAND François-René de (1768-1848). L.A., Lausanne 19 juin 1826, à la duchesse de DURAS ; 3 pages in-4. Belle lettre inédite sur son séjour à Lausanne, sur Les Natchez, et sur les maux de la vieillesse. Il fait l’éloge de Mme de COTTENS, chez qui Rosalie de CONSTANT a un appartement : « C’est une excellente personne qui est à la tête de toutes les quêtes et secours pour les Grecs. Elle s’est donnée mille peines pour nous trouver un logement ; elle a un troupeau de cinq petites filles qu’elle mène se promener tous les jours et après mon travail et le dîner, elle me montroit, quand je pouvois marcher, toutes les vallées de Lausanne, qui sont charmantes, aux rhumatismes près »… Puis il parle des Natchez (composés jadis à Londres et qui paraîtront enfin dans ses Œuvres complètes) : « Non certainement René ne revient point en France ; il reste en Amérique où on lui fait mille maux et où il finit par être massacré. Mais il porte sa destinée partout. Il y a une lettre de lui après avoir appris la mort d’Amélie qui est aussi bien que tout le René. Vous verrez tout cela. Je souffre horriblement. Je ne marche qu’à l’aide d’une béquille. Il est impossible que je reste ici. Notre petite maison de l’infirmerie s’achève. Mde de Ch[ateaubriand] partira le 1er du mois prochain et quand elle me mandera que mon appartement est prêt, je partirai et me voilà pour la vie, rue d’Enfer, à l’hôpital. Je ne désire plus de vivre que pour enterrer deux ou trois misérables ; je serois faché de les laisser derrière moi »… La première livraison de ses Œuvres complètes est « toujours retardée ; il faut espérer qu’elle paroîtra enfin, s’il n’y a pas censure [...] Tachez de dîner. Il n’y a que cela de bon. Votre écriture est meilleure. Je lis Don Quichotte la nuit et je ris au milieu de mes souffrances à pleurer, car c’est la nuit que je suis sur la roue ». 800 - 1 000 €
RkJQdWJsaXNoZXIy NjUxNw==