AGUTTES NEUILLY. LETTRES & MANUSCRITS – LIVRES

88 89 9 Livres & Manuscrits • 26 février 2025 88 COURBET Gustave (1819-1877). L.A.S. « Gustave Courbet », [Ornans 10 mars 1850, à son ami Francis WEY] ; 4 pages in-8. Belle lettre sur l’achèvement d’Un enterrement à Ornans. Il lui adresse « une truite de quatre livres »… Il craint que le silence de Wey ne soit la suite de sa négligence à lui écrire quand il a perdu son père. « Je ne sais si je vous ai dit ma manière de voir touchant les morts. D’abord je ne pleure pas les morts, convaincu que je suis qu’on ne les pleure pas pour eux, mais pour soi-même, par égoïsme – je les regretterais peut-être, si la vie d’un homme était directement utile à la vie d’un autre, mais je n’y crois pas, car je n’aprécirais pas un homme basé sur un autre – je ne regreterais pas un homme parce que le temps que je metterais à le regretter je l’employrais à m’en affranchir […]. D’autre part je suis convaincu que la douleur est une bonne chose, en personne je pourais m’y associer par lettre jamais […] Enfin si c’est pour cela que vous m’en voulez, je vous en prie, oubliez ; laissez-moi ma liberté de penser, prenez-moi pour ce que je suis, et non pas pour ce que je devrais être ; soyez persuadé que j’agis toujours avec connaissance de cause, et jamais par oubli »… Il travaille toujours « comme un nègre mon tableau est au trois quart et demi fait j’y apporte une persévérance, une ténacité, et j’en éprouve une fatigue maintenant, de laquelle je me croyais incapable ». Mais c’est l’été après un long hiver, et il fait bon « courir dans la nature, surtout quand on est dans son pays, et qu’on n’y a pas vu de printemps depuis 12 ans ». Il espère être à Paris dans un mois, « car sauf le soleil, Ornans n’a rien de bien amusant pour moi »… Il prie Wey de le mettre au courant de l’époque précise de l’Exposition, et si « les peintres exempts du jury sont forcés d’envoyer leur tableau aussitôt que les autres »… Correspondance (Flammarion, 1996), lettre 50-2. 1 500 - 2 000 € 89 (42298) COURBET Gustave (1819-1877). L.A.S. « G.C », [Ornans 14 janvier 1852, à son ami Francis WEY] ; 4 pages in-4. Importante lettre artistique et politique. « La génération à laquelle vous appartenez n’a ni foi ni croyances, tandis que moi j’ai travaillé toute ma vie pour avoir une raison d’être, unique autant que possible, et c’est à quoi tendent tous les acs de ma vie. Vous, vous suivez les fluctuations ; moi je reste dans mon principe, voilà la différence qui existe entre nous. Toutes les formes de gouvernements, tous les faits accomplis peuvent arriver ça ne m’intrigue en rien du tout. Le plus affreux bourgeois de France ne m’aurait pas dit que je devais changer la nature de mes inspirations. Cher ami j’ai cela sur le cœur ; vous êtes donc de ceux qui croient que je fais de la politique en peinture – je fais des casseurs de pierre, Murillo fait un casseur de poux, je suis un socialiste, et Murillo un honnête homme ; c’est incroyable »… Courbet reproche à Wey de ne pas lui avoir envoyé sa réponse à Garcin parue au Messager… Puis sur les suites du coup d’État du 2 décembre : « Cette révolution m’a fait perdre trois semaines. J’ai vomis plein mon chapeau de bile. J’en suis quitte quant au tempérament seulement, car, tous mes amis étant dedans je suis surveillé très activement dans mes paroles et mes actions. Grâce à ma contenance je ne suis pas encore pris, j’ai l’honneur d’avoir à mes trousses Mr le brigadier d’Ornans […] lequel il y a déjà un an, avait éprouvé le besoin de me dénoncer à la préfecture de police. Cet homme poursuit son œuvre sans rime ni raison »… Il ne sait s’il est prudent de retourner tout de suite à Paris : « je ne tiens pas à la Guyanne pour le moment, plus tard je ne dis pas. L’officier de ma Caserne de pompiers [Victor Frond] est en fuite, ou mort, m’a-t-on dit – le tableau est fort avanturé. Cependant j’aurais voulu finir le portrait de Md Quock [Cuoq (Metropolitan Museum)] pour l’exposition. Si l’exposition était retardée d’un mois cela m’irait parfaitement, quoique les deux tableaux que j’ai à Ornans soient finis »… Il félicite Wey sur ses succès au Théâtre Français (sa comédie Stella), auxquels il aurait applaudi « comme jamais je n’applaudirais Mr Napoléon quoiquil fasse »… Il ajoute en post-scriptum : « On ouvre mes lettres, faites attention et on ne me les donne pas toujours ». Correspondance (Flammarion, 1996), lettre 52-1. 1 500 - 2 000 €

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