ADER Nordmann. Paris. MANUSCRITS et LIVRES ANCIENS

41 Livres anciens Précieux exemplaire de Charles Claude Naigeon (1737-1815), dit Naigeon jeune, frère cadet de l’éditeur Jacques-André Naigeon. Il était contrôleur de vivres à Sedan mais également copiste, collaborateur notamment du baron d’Holbach. Il a porté sa signature autographe sur le feuillet de faux titre et a retiré une partie du contenu du livre, à savoir les pages 283 à 348, contenant l’Avertissement de l’Éditeur et l’Extrait de la correspondance littéraire de M***, année 1770, ainsi que les pages 373 à 376, contenant l’Avertissement de l’Auteur. Il n’en reste pas moins que cet exemplaire est d’un grand intérêt grâce aux très nombreuses notes autographes que Naigeon ajouta dans les marges. Il s’agit de réflexions et notes de lecture tout à fait construites et pertinentes, pleines d’esprit et de philosophie. Naigeon était non croyant, ce qui transparaît dans certaines de ses notes, notamment lorsqu’il commente ce passage du livre La Religieuse : « On m’a sans doute interrogée, j’ai sans doute répondu ; j’ai prononcé des vœux, mais je n’ai nulle mémoire, et je me suis trouvée religieuse aussi innocemment que je fus faite chrétienne » (p. 54). Ainsi ajoute-t-il ce long commentaire dont la pensée concorde avec celle du baron d’Holbach : « cela prouve le cas que l’on doit faire d’une opinion que l’on donne avant que l’on puisse avoir une idée. Les prêtres ont eu bien raison de saisir précisément le moment de la naissance pour faire ce qu’ils appellent un chrétien, car il y a mille à parier que si l’on attendoit le développement de la raison d’un enfant, pour le mettre à portée de choisir une Religion, ce ne seroit surement pas la chrétienne qu’il choisiroit ; elle est trop absurde, trop cruelle ; ses préceptes sont trop vacillants, trop contradictoires, trop exaltés et contraires au but de la nature. Après examen, il arriveroit que l’Eglise sentiroit combien tout ce fatras de dogmes divers est inutile pour faire son bonheur en ce monde, le seul qu’il puisse connoître, puisqu’il s’y trouve et que celui dont ces mêmes dogmes parlent est une chimère ; car pourquoi y auroit-il deux mondes ? Et dans la supposition, pourquoi seroit-on plus heureux dans le second que dans le premier ? c’est donc là la raison pour laquelle les habitans de ce second monde (car il y naît aussi, sans doute, des hommes, &a) ne viennent jamais dans celui-ci : en vérité tout cela est à mourir de rire… ». Page 137 il parle de son frère. À la question « Où est le lieu de la servitude et du despotisme ? », il répond : « dans le cœur de mon monstre de frère. » À propos du texte Ceci n’est pas un conte, il écrit : « Selon moi, il n’est pas possible de lire ce morceau, sans éprouver tous les genres d’émotions, et sans se dire à soi-même quel monstre que l’homme! certains du moins. ah!! que l’on me pardonne cette restriction ! Oui, j’ose le dire, je n’ai, sous le rapport de l’amour, (si je l’osois encore, j’ajouterois, sous d’autres rapports aussi) aucun point de contact avec Gardeil et mille et mille autres ; je suis au contraire un tendre Céladon. » On ne peut hélas tout relever et l’exemplaire mériterait un travail plus approfondi, compte tenu de la richesse des commentaires de Naigeon. La reliure est très défraîchie, le dos étant en grande partie manquant, les charnières fendues et la première garde déreliée. Mais il s’agit de la reliure d’origine et l’exemplaire est à toutes marges. Il est joint une petite gravure découpée de l’époque, placée entre les pages 258-259. Provenance: Charles Claude Naigeon, avec sa signature et de nombreuses notes autographes.

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