ADER Nordmann. Paris. LETTRES & MANUSCRITS AUTOGRAPHES – MUSIQUE

85 .../... 191. Camille SAINT-SAËNS (1835-1921). 19 L.A.S., 1920-1921, à Charles de Galland ; 38 pages in-4 et in-8, 6 à en-tête d’hôtel (petites réparations à l’adhésif sur 2 lettres). 4 000 / 5 000 € Très intéressante correspondance, illustrée de quelques lettrines, à son ami d’Alger. Ces lettres sont datées, entre autres, d’Algérie, où Saint-Saëns séjourne entre plusieurs concerts en France et en Grèce, de janvier 1920 à novembre 1921. Il meurt à Alger le 16 décembre 1921. Charles de Galland (1851-1923), professeur et historien, fut maire d’Alger de 1910 à 1919 ; il était violoniste amateur, et Saint-Saëns lui a dédié son Élégie pour violon et piano op.160. Alger 24 janvier 1920. Saint-Saëns travaille à « tirer un morceau pour le piano de l’Élégie que vous connaissez et qui aura l’honneur de porter notre nom. C’est une transformation complète et assez laborieuse », alors que « les jeunes m’accusent d’improviser ma musique » [il s’agit de l’Élégie pour violon et piano sur un thème d’Alexis de Castillon op.160]. – Hammam R’ihra 25 février. « Me voici enfin dans ce Paradis terrestre qui n’a jamais mieux mérité son nom, car il y fait un temps délicieux ! Nous avons passé hier la journée à Blida et grâce au beau temps nous avons pu aller voir les singes : la vue de Jean [Laurendeau, son valet de chambre] au milieu de ces intéressants personnages qui ont poussé l’indiscrétion jusqu’à lui grimper sur le dos était réjouissante ». Il a une grande chambre : « Avec le silence dont on jouit ici et qui est si propice au travail, il ne me manquera plus rien que mes amis d’Alger, mais il ne me quittent pas par la pensée et j’espère bien qu’un jour ou l’autre l’un d’eux viendra me voir ; alors ce sera la grande noce, on boira des vins de derrière les fagots »... – 6 mars. Il se plaint du départ du cuisinier, remplacé par « un gâte-sauce qui nous a fait une nourriture immangeable » ; mais il reste, pour la tranquillité et le silence. Il évoque le sort du général Laperrine, «probablement perdu, mort de faim et de soif dans le désert ; cela me chagrine beaucoup car j’avais fait tout dernièrement sa connaissance et je l’avais trouvé on ne peut plus sympathique. Cette traversée d’un immense désert est vraiment trop périlleuse avec les faibles moyens dont nous disposons»… – 12 mars. Il revient sur la mort de Laperrine, avec qui il avait voyagé sur le bateau l’amenant à Alger : « C’est folie de traverser ces immenses espaces avec des moyens aussi aléatoires. Tout nouveau progrès a ses martyrs, qui laissent un nom glorieux ». Il a composé un morceau pour flûte et orchestre et six fugues pour le piano : « j’ai travaillé comme un nègre tant qu’il a fait chaud et beau, et quand j’aurais pu me promener le mauvais temps est venu ». Il a neigé sur les palmiers ! En post-scriptum, il s’indigne qu’on ne donne jamais en morceau court que «cette si médiocre Cavalleria rusticana [de Mascagni], dont le principal mérite est d’être étrangère », alors qu’il y a tant de bons ouvrages à succès dans le répertoire français,

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