ADER Nordmann. Paris. LETTRES & MANUSCRITS AUTOGRAPHES – MUSIQUE

37 68. Gilbert DUPREZ (1806-1896). Manuscrit musical autographe signé, Samson. Tableaux Bibliques, 1853 ; titre et 208 pages in-fol. (35,5 x 26,5 cm) en un volume relié demichagrin grenat, dos orné (étiquette de H. Lard, papeterie reliure ; reliure de l’époque usagée). 2 000 / 3 000 € Manuscrit de travail de cet opéra resté inédit. Cet opéra en 4 actes ou tableaux a été composé par le grand ténor sur un livret d’Alexandre Dumas père et d’Édouard Duprez (frère de Gilbert). Les protagonistes sont Samson, sa mère Méhala, Dalila, Séphar le chef des Philistins. Duprez a raconté dans ses mémoires : « J’écrivis […], sur le sujet biblique de Samson, un oratorio en deux parties. J’avais choisi cette forme de l’oratorio qui n’exige pas de mise en scène, précisément parce que je voyais qu’il ne me serait jamais possible de me faire jouer sur un théâtre ; mais d’après les conseils d’Alexandre Dumas, je le convertis en opéra en y ajoutant deux parties, qui devinrent, comme le reste, des actes. Notre spirituel écrivain aida même mon frère, auteur des premières paroles, à développer son sujet en forme de pièce, et devint de la sorte mon collaborateur ». (Souvenirs d’un chanteur, Calmann Lévy, 1880, p. 215). La première exécution en fut donnée le 13 mars 1855 au Théâtre d’application de l’École Duprez, avec Caroline Duprez (fille de Gilbert) dans le rôle de Dalila et le ténor Louis Gueymard dans celui de Samson. Quelques rares auditions en furent données postérieurement, dont une à Berlin en octobre 1857. L’œuvre est divisée en 4 tableaux ou actes, précédés d’une Ouverture et tableau (datée 24 mars 1856, 14 p.). I Gaza (33 p.), II La Vallée de Sorec (71 p.), III La Meule (daté Mai 1853, le « Duo des Gardiens » d’avril 1854 ; 54 p.), IV Le Temple (27 p.). À la suite, Scène et Duo de Méhala et Samson, « morceau retiré de la 1ère partition » (8 p.) [la partition d’orchestre de cette première version, de 1847, en 2 parties, est conservé à la Houghton Library de Harvard]. L’œuvre est restée inédite. Ce manuscrit de travail, pour chant et piano, est noté à l’encre brune sur papiers divers (de 14 à 22 lignes), avec insertion de feuillets postérieurs à l’encre noire ; on relève de nombreuses ratures et corrections, des grattages, de nombreuses mesures biffées et des collettes. Des paroles allemandes ont été ajoutées aux parties chantées de l’Ouverture-tableau ; et des paroles italiennes ont été portées à l’encre rouge dans le 1er tableau. En tête du volume, Duprez a ajouté une page autographe signée de commentaire: «Occultæ musicæ nullum esse respectum. Samson. Ceci est mon plus grand péché !.... Il n’est guère de jours que je ne me repente de l’avoir commis, et surtout d’avoir eu l’idée, le talent, et la patience de le commettre ; il est sans rémission, et je me sens tout rempli de componction d’avoir offensé Apollon pour avoir osé émettre mes propres idées musicales et dramatiques, après avoir été pendant plus de vingt ans, l’interprète des œuvres des autres, interprète souvent collaborateur, non seulement par les avis, mais aussi par des idées exprimées. Aussi, suis-je assez puni, par les chagrins causés par cet inutile talent. Cependant, si jamais un curieux impartial jetait les yeux sur cet ouvrage, j’aurais de grandes chances d’être absout par lui, comme du reste, je l’ai été par bon nombre de gens dont la compétence n’est pas à mettre en doute, mais, les coteries, et surtout la presse, ont élevé entre le public et moi, un rempart infranchissable de malveillance, et mon Samson est resté mort-né. Toute musique passe. Celle d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui, et celle d’aujourd’hui ne sera certes pas celle de demain ; Samson à l’heure qu’il est, est peut être démodé ; mais si passé qu’il soit dans la forme, le fond n’en a pas moins une valeur qui restera patente, pour ceux qui comprennent, que la musique dramatique doit procéder mélodiquement avant tout, que, lorsque le sentiment de la situation, et les paroles qui l’expriment sont d’accord, que les harmonies, les rhythmes sont distingués et savamment exprimés, ceux-là, dis-je, pourront se convaincre que cet ouvrage avait de grandes chances de succès. Sur ma grande partition de Zéphora, qui n’est autre que celle de Samson augmentée par les exigences d’un sujet nouveau, je placerais une lettre de Gevaert qui en donne un compte rendu sérieux et motivé sans avoir pu supposer que cet ouvrage fut de moi ». [La partition d’orchestre de Zéphora, où le sujet est transporté au temps des croisades, est conservé à la BnF (2 volumes).]

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